Avec la rentrée des Hypnos du Coeur, mardi 13 octobre dernier s’est tenu le premier atelier de l’année, animé par Ivy Jeannin, qui est venue nous parler de pédagogie perceptive. Et puisqu’elle en parle toujours avec passion, elle a accepté de répondre à quelques questions à l’issue de cette présentation. Je vous propose de plonger dans l’univers de cette discipline méconnue et d’en apprendre plus au travers de son interview.

En quoi consiste la pédagogie perceptive?

La pédagogie perceptive est une méthode d’accompagnement de la personne qui valorise la place centrale du corps, du mouvement et de la perception

Elle s’adresse aux individuels et aux groupes.

Son objectif est de développer les dimensions perceptives, cognitives et comportementales, enrichissant les interactions de la personne vis à vis d’elle-même, des autres et du monde qui l’entoure.

Pour cela, le praticien travaille avec 4 outils principaux :

– le toucher de relation et d’écoute manuelle: c’est un travail sur table qui a pour but de  dénouer en douceur les tensions physiques et de construire un nouveau rapport à soi

– la gymnastique sensorielle: c’est une pratique corporelle assise ou debout, basée sur une gestuelle lente. Elle met la personne en relation avec la physiologie de son geste, de son action et de son expressivité. Elle prolonge le travail sur table et permet d’intégrer les nouveautés dans le quotidien, avec un objectif d’autonomie dans la prise en charge de la personne par elle-même. Elle a aussi un objectif de prévention et d’entretien.

– Introspection: méditation guidée autour des sensations corporelles émergentes

parole et/ou écriture: afin de valider les valeurs ajoutées apportées par la séance et permettre à chacun de mettre en forme ses acquis

Quelles sont les champs d’applications ? 

Les applications sont nombreuses et s’inscrivent idéalement dans le cadre d’accompagnements pluri-disciplinaires (médecins, psychiatres, par exemple)

– Mieux-être au travail

– Prévention et/ou accompagnement du stress , du burn-out, des risques psycho-sociaux, des troubles musculo-squelettiques

– Toutes les somatisations qui apparaissent en conséquence ; trouble du sommeil, trouble de l’appétit

– Plus généralement, cette discipline s’adresse à tous ceux qui veulent prendre soin de leur écologie intérieure

– A tous ceux qui désirent mieux se connaître et être accompagnés dans la découverte et l’exploration de leurs potentialités

Comment se déroule une séance ? 

Il existe autant de type de séance qu’il existe de personne! Néanmoins, elles commencent toutes par un entretien approfondi: anamnèse, mais aussi description de la situation de la personne, de comment elle se place dans cette situation et de ce à quoi elle aspire. En fonction de cet entretien, un projet est défini en commun pour la séance et les outils sont combinés en fonction du déroulement de celle-ci.

Le temps des séances varie de 1h à 1h30 en fonction des objectifs et des praticiens.

Le prix varie en fonction des praticiens, de 70 à 110 euros.

Comment êtes-vous arrivé à cette pratique ?

Je suis arrivée à la Pédagogie Perceptive (ou somato-psychopédagogie) d’abord en tant que patiente. J’étais formatrice et j’avais un peu perdu de vue pourquoi je faisais ce métier. Il a fallu que j’aille jusqu’au bout de mes forces pour comprendre que je devais ré-orienter mes priorités: ce qui m’intéressait vraiment, ce n’était pas la technique enseignée mais les personnes avec qui j’échangeais, comment elles apprenaient et quels rapports elles développaient avec ces nouvelles connaissances (était-ce source de plaisir pour elles de les utiliser? par exemple). J’ai donc décidé de reprendre mes premières activités (professeur de yoga) et de me former à cette technique qui combine soin de la personne et pédagogie de façon très fine.

Quel sens donnez-vous à cette pratique? 

Dans mon expérience personnelle, cette discipline offre une possibilité de contact avec soi que je n’ai pas retrouvée ailleurs (mais je n’ai pas tout essayé!). Outre l’attention apportée au corps, la pédagogie du mouvement offre des outils qui permettent de prolonger les acquis des séances en autonomie. Le fait que le praticien partage verbalement ce qu’il perçoit dans mon corps m’a également permis de mettre du sens sur des manifestations physiologiques. Et ça fait toute la différence! Dans ma pratique, j’ai l’impression d’accompagner la totalité de la personne, pas uniquement son corps, son mal-être ou sa douleur. J’ai parfois envie de renommer ma pratique d’accompagnement au bien-être à accompagnement à la mise en sens….

Pourquoi la pédagogie perceptive plutôt qu’une autre discipline de bien-être?

Chaque discipline a ses raisons d’être, ne serait-ce que parce qu’une seule technique ne peut pas convenir à tout le monde, et c’est tant mieux! Je pense que si on cherche à mieux se connaître, et surtout mieux se comprendre, c’est un très bel outil. Il est également extrêmement efficace en accompagnement de projets personnels ou de groupes (en entreprise par exemple) puisqu’il recherche en permanence à accompagner la nouveauté prête à émerger en chacun.

Quel lien attribuez-vous entre le corps et l’esprit? 

Ils sont absolument indissociables!

Le corps est souvent vu, perçu, comme un instrument au service de l’esprit.

Pourtant, la science (notamment la psychologie du développement et les neurosciences cognitives) met à jour son rôle central dans notre évolution : il est un « environnement interne » où se joue une écologie aussi importante pour notre vie que l’écologie de la planète. C’est à travers lui que nous existons, pensons, agissons, ressentons nos émotions ; c’est grâce à lui que nous sommes en lien avec notre environnement à chaque instant ; c’est en lui qu’émergent nos modes d’action, de pensée et même de création.

Ces fonctions corporelles représentent un  potentiel de ressources dont les impacts sur la qualité de vie personnelle et professionnelle sont bien visibles dans de nombreux secteurs d’activité. Ce sont ces ressources et impacts que la pédagogie perceptive propose de développer et d’intégrer dans la vie quotidienne.

Comment envisagez-vous l’évolution des différentes pratiques visant au bien-être et au développement personnel dans les prochaines décennies ?

J’ose croire que dans quelques années il sera tout à fait commun de savoir prendre soin de soin, et que les différentes techniques de bien-être et de développement personnel auront leur place dans les protocoles médicaux / hospitaliers aux côtés de la médecine allopathique. Dans l’immédiat, tous les praticiens de bien-être ont un rôle important à jouer en matière de prévention

Êtes-vous heureuse ? 

Il serait malvenu de se plaindre alors que je fais un métier qui me fait sourire quand je me lève le matin! Rester positive fait partie pour moi de mon “écologie intérieure”. Bien sûr, c’est plus ou moins compliqué selon les jours, mais cultiver la joie et la gratitude, cela s’apprend et s’entretient. J’ai de la chance, j’ai une bonne base d’optimisme, je l’entretiens!

Pour aller plus loin : http://www.ineedivy.com

Propos recueillis par Céline SPREUX – HypnoReporter